Grande légende vivante du poker, Doyle Brunson, 78 ans, est loin d'avoir capitulé dans ce monde désormais infesté de jeunes entraînés sur internet. Le champion du monde 76 et 77, vainqueur de 10 bracelets des WSOP et d'un titre WPT, combat son hypertension en demeurant à Las Vegas, où il brille actuellement sur les grosses parties de cash game.
10-2. Comme 7-2, la pire main possible en Texas Hold'em (surnommée le "Marteau"), il n'est jamais surprenant de voir un joueur, lors d'une partie entre amis généralement, s'enflammer avec ces deux cartes. Cette combinaison très faible est entrée dans la légende du poker de tournoi. C'est avec cette main que Doyle Brunson a remporté le coup final de ses deux victoires sur le tournoi principal des World Series of Poker, en 1976 et 1977.
Débarqué à Las Vegas en provenance de sa campagne texane, dans les années 60, après avoir manqué une carrière de basketteur en raison d'une blessure (il devait signer aux Lakers, franchise alors basée à Minneapolis), "Texas Dolly" s'était rapidement fait une place dans le cercle fermé des bons joueurs de poker. Il était ainsi de la partie lors de la toute première édition des World Series of Poker, en 1970. Double champion du monde 6 et 7 ans plus tard, il est, 4 décennies après, le "Big Papa" ou le "Godfather" (Parrain) du poker. Il totalise 6 millions de dollars de gains. Pas un seul autre joueur n'a pu accompagner de cette sorte l'histoire du poker, ce jeu de cartes devenu un phénomène de société à partir au début du XXIe siècle.
Du cash game, 8 à 12 heures par jour
Trop peu habitué à passer de longueurs heures devant un écran d'ordinateur, Doyle Brunson n'a pu rester dans l'élite mondiale du poker de tournoi. Son dernier résultat d'importance remonte aux WSOP 2008. Son dernier bracelet, il l'a remporté en 2005, une année après un sacre emblématique lors d'une étape du World Poker Tour à Los Angeles. Le niveau est désormais très élevé et peu de légende historique parvienne à rester performante, si ce n'est Phil Hellmuth et Erik Seidel. En cash game, c’est une autre histoire. Avec son expérience incommensurable des joutes hautes limites, Doyle Brunson a démontré qu'il s'était adapté aux joueurs élevés par le poker en ligne. Les passionnés auront pu le constater lors des parties de cash games télévisées entre grandes stars de la discipline.
A 78 ans, la légende vivante, qui souffre d'hypertension, s'est fait une raison: ce sera Las Vegas et rien d'autre. Fini, donc, les déplacements à travers le continent ou de l'autre côté des océans pour jouer les autres gros évènements du circuit. En 2012, Doyle Brunson se contentera donc des WPT et des WSOP organisés dans la capitale du jeu. Une sédentarisation définitive qui lui permet néanmoins, comme dans sa jeunesse, de faire un malheur dans les grosses poker rooms de Las Vegas.
Les parties se jouent avec des blinds 300-600 dollars dans l'Ivey's Room de l'Aria et 600-1 200 dollars dans la fameuse Bobby's Room du Bellagio. "Le poker est en train de revenir en force à Las Vegas", explique-t-il, avant de raconter une période faste de deux semaines: "J'ai pu jouer tous les jours durant 8 à 12 heures à chaque fois malgré mon hypertension. Je me suis senti bien et dans une bonne période, en sortant positif à 14 reprises sur 15 jours". Un Doyle Brunson qui se déplace en chaise motorisée depuis plusieurs années mais qui s'entretient physiquement en allant à la piscine tous les jours.
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