Révélée l’an dernier sur le circuit français, Nesrine Kourdourli joue au poker depuis plusieurs années. Après avoir fait ses armes en cash game, notamment dans les cercles parisiens, elle tente désormais les gros tournois où elle a déjà réalisé de belles places (4e au World Poker Tour Amnéville 2010 et 10e du WPT Paris en septembre). Rencontre avec cette joueuse avide de victoires sur le circuit professionnel.
Nesrine, les WPT semblent vous porter chance. Quels souvenirs gardez-vous de ces belles expériences ?
Je joue au poker depuis 7 ans et je m’étais peu intéressée au tournoi auparavant. Mon tournoi à Amnéville était l’une de mes premières expériences dans un gros tournoi et cela a été une vraie belle surprise. En me qualifiant la veille, je ne me m’attendais pas à atteindre quelques jours plus tard la table finale. Au WPT Paris, j’ai vécu une expérience incroyable puisque j’étais tombée à 2 500 jetons dès le Jour 1 alors que le tapis de départ était de 30 000. J’ai vite doublé avec As-Roi contre une paire, puis triplé un peu plus tard pour revenir dans la moyenne en jetons. Les jours suivants, je n’ai joué qu’un coup compliqué que j’ai remporté avec un peu de réussite et qui m’a permis de me hisser jusqu’au deux dernières tables. Et c’est à ce moment là que j’ai changé de table et que je me suis retrouvée dans une situation inconfortable avec quatre très bons joueurs tous dotés de très gros tapis. J’ai passé un très mauvais moment ! Mon tapis paraissait ridicule à ma table alors qu’il aurait été très honorable à la table d’à côté. Ajouté à cela, une absence totale de bonnes cartes et vous vous retrouvez dans une situation délicate. Malgré cela j’ai réussi à atteindre la table finale. J’ai pris beaucoup de plaisir et ai beaucoup appris, notamment de Matthew Waxman, que je n’ai vu faire aucune erreur
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A Malte, par contre, ça c’est plus mal passé, puisque vous avez été éliminée juste avant les places payées…
C’est vrai, j’ai été éliminée à deux places des premiers gains. Tout s’est bien passé jusqu’au Jour 2, qui a été une journée très difficile puisqu’on a joué 14 heures. En fin de journée, j’ai perdu un pot avec les As en main et je me suis retrouvée avec très peu de jetons le lendemain. Sans ce coup du sort, mon tournoi aurait été totalement différent mais c’est le jeu. Et puis, mon objectif n’était pas d’être simplement "payée". Quand je me lance dans un tournoi, je cherche toujours à réaliser un exploit. Ma motivation, c’est toujours de posséder le maximum de jetons et d’atteindre les premiers prix. Le cash game me permets de vivre, les tournois me permettent de rêver ! Et je rêve d’un prix à 6 chiffres, d’une somme qui changera quelque chose dans ma vie, ce qui arrive très rarement lorsqu’on joue à mes limites en cash game et que l’on remporte 3 000 ou 4 000 euros. Le poker en tournoi reste un jeu qui récompense les audacieux.
"L’Omaha en cash game, mon jeu favori"
Quelles sont vos qualités à la table ?
Mon principal atout, c’est de n’être que très rarement en tilt. Cela ne m’est jamais arrivé de perdre un coup et de balancer mon tournoi à la main suivante avec n’importe quoi. Quelle que soit la situation, j’essaye de ne jamais perdre de jetons inutilement. Et puis je pense être assez audacieuse. Quand je suis en tournoi, je n’ai peur de rien, même pas de sauter. Je sais que ça peut me porter préjudice parfois. Je vais avoir tendance à difficilement lâcher une main même lorsque je sais que quoi que je fasse, je ne pourrai remporter le coup. Je sais au moins sur quoi travailler pour progresser.
Restez-vous une joueuse de cash game ?
Je suis principalement une joueuse de cash game. Lorsqu’on n’est pas sponsorisé, on est obligé de jouer en cash game si l’on veut être gagnant. Je joue en No Limit Hold’em 100 et Pot Limit Omaha 250 et 500, qui est d’ailleurs ma variante préférée. Je joue de moins en moins en Hold’em car il n’y a quasiment plus que de très bon joueurs réguliers assis aux tables. Et puis je trouve qu’il y a beaucoup plus d’argent à se faire en Omaha, tout simplement parce que c’est une variante moins pratiquée et connue. On trouve encore de très mauvais joueurs d’Omaha. C’est d’ailleurs beaucoup plus excitant d’être assis à une table d’Omaha étant donné qu’il y a plus d’action. Si un joueur est un peu flambeur, il peut faire beaucoup d’erreurs car, techniquement, l’Omaha est plus compliqué. Et les pots sont généralement plus importants étant donné le nombre de possibilité de toucher un gros jeu avec ses 4 cartes en main.
Comptez-vous augmenter votre présence sur le circuit ?
J’adorerais mais dans l’immédiat, je n’ai pas de planning déterminé concernant les tournois que je jouerai en 2012. Tout dépendra de mon évolution et des possibilités qui s’offriront à moi en matière de sponsoring. En général, je ne prévois jamais à l’avance les tournois que je joue. Je préfère décider à la dernière minute selon mon envie et ma motivation. En septembre dernier, par exemple, je n’avais pas spécialement envie d’enchainer la finale du Partouche Poker Tour après le WPT Paris. J’étais aussi trois semaines à Las Vegas pour les World Series of Poker mais je n’ai finalement joué qu’un seul tournoi et ce n’était pas un tournoi de la Series, mais un tournoi annexe à 500 dollars. Au final, j’ai dû jouer quatre fois en trois semaines. Je ne suis pas une stakhanoviste des tournois et c’est mon envie qui dicte mon planning. Après si un sponsor tape à la porte j’aurai plaisir à me consacrer plus aux tournois. Pour le moment, je compte certainement me rendre au WPT Amnéville (du 3 au 6 novembre) et faire les Hold’em Series à l’ACF (du 11 au 20 novembre).
"Le salaire moyen des femmes est toujours moins élevé"
Quel est le degré de votre investissement au poker ?
Je suis assez libre de ce côté. J’ai toujours travaillé à côté du poker. En tant que joueuse régulière, je trouve qu’on a beaucoup de choix et que chacun peut trouver des tournois et des tables adapté à son budget. A Paris, il y a plein de tournois, particulièrement à l’Aviation, où je me sens très bien. On peut partir quasiment partout grâce aux satellites. Il y a un nouveau tournoi très intéressant à 1 000 euros tous les mois, et tous les mercredis, un joli tournoi à 500 euros l’entrée. L’offre poker en France est particulièrement bonne me semble t’il . Depuis que le World Poker Tour propose des tournois au tarif plus abordable de 3 000 euros, je pense m’investir davantage dans ces tournois très intéressants. Les tournois de l’EPT sont à 5 000 euros et sont très difficiles d’accès pour les joueurs non sponsorisés et non qualifiés sur internet.
Il y a toujours aussi peu de femmes qui jouent en live. D’où vient le problème ?
Il faut d’abord faire un constat simple: ce sont en grande majorité les hommes qui ont la puissance financière nécessaire pour jouer au poker. On sait que le salaire moyen des femmes est toujours moins élevé que celui des hommes. Quand j’ai commencé le poker, j’étais pratiquement la seule fille avec deux autres femmes au grand maximum à l’ACF. Si mon meilleur ami ne m’avait pas fait connaitre les cercles de jeux, c’est l’un des derniers endroits où j’aurais mis les pieds dans la capitale. Et puis l’univers du poker live reste assez confidentiel et méconnue. Peut être que l’on devrait organiser des journées portes-ouvertes pour les femmes dans les cercles ! (rire). Il y a surement le côté « égo » du jeu qui explique le désintérêt des femmes également. Les femmes ont souvent moins d’égo et ne se disent rarement plus fortes qu’elles ne le sont réellement. Tandis que les hommes aiment cette guerre d’égo, montrer qui est le plus fort…C’est d’autant plus dommageable qu’aujourd’hui, on respecte beaucoup plus facilement une femme qui joue au poker, surtout depuis que c’est devenu presque une mode. Aujourd’hui, on se vante presque de jouer !


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